L’humanité n’est pas finie

Quand on s’informe plus avant sur l’état du monde (voir par exemple la passionnante série de conférences de scientifiques « Comprendre et Agir« ) on peut avoir l’impression que l’on est au bord du désastre car à partir d’environ +1,5° on peut déclencher un effet d’emballement par le dégel du permafrost et la libération de méthane, ou encore la transformation des forêts en émetteurs de carbone (Amazonie, Sibérie etc). D’autre part la réaction de la société humaine est ridiculement faible face au problème. Je prétend que l’humanité n’est pas finie et qu’il existe une solution pour démarrer une réaction à la mesure de l’enjeu. Mais pour comprendre en quoi la solution que je propose ici est efficace il nous faut d’abord prendre un peu de hauteur…

L’état de la société humaine

La structure

Une personne est une société de cellules avec un système de décision (le cerveau). La société humaine est une société d’humains avec un système de décision constitué essentiellement de l’élite, par ordre d’importance, financière, politique, médiatique, intellectuelle. En continuant l’analogie corps humain/société humaine on peut représenter l’argent comme un droit aux nutriment (glucose etc). Mais contrairement à l’humain où un mal au pied envoie un message douloureux jusqu’à ce que ce soit soigné, notre élite peut facilement ignorer les douleurs des éléments éloignés et affecter de plus en plus de ressource à elle-même. Le résultat est que bien des problèmes ne sont pas traités et que le moteur principal des décisions est l’augmentation des ressources de l’élite.

La maturité

En continuant notre analogie on pourrait penser que cet esprit est simplement fou. Mais ce serait négliger que la société humaine est très jeune à l’échelle biologique et qu’elles a toute les caractéristiques de l’enthousiasme et l’immaturité des bambins. Je sais qu’il est difficile de voir les choses ainsi car le sérieux de ses constituants les humains peut cacher l’insouciance du tout. Mais regardons les faits :

  • La société humaine a toujours pris ses décisions en fonction de l’attrait immédiat.
  • La société humaine ne tire quasiment pas de leçon de son histoire.

Un petit résumé de l’histoire humaine

En reprenant l’analogie, on peut résumer ainsi l’histoire de la société humaine : le bambin est dans le berceau (étape de vie dans la nature en tribus) puis il en sort et découvre la cuisine (les débuts de l’agriculture). Alors il déballe les placards, ouvre tout ce qu’il trouve, bâfre et joue avec ce qu’il trouve (aire industrielle). Il est alors très fier de lui, se sent fort et trouve que ça marche très bien (étape de la financiarisation et de l’idéologie ultra-libérale « tout est à nous »). Puis il va dans le couloir et se dirige pour la première fois de sa vie vers un escalier qui descend. Il éprouve à la fois un sentiment de fierté et d’invulnérabilité (l’élite) mais une autre partie de lui même signale qu’il y a une douleur au ventre (dû à la bâfrerie) et surtout que l’escalier semble très dangereux. Cette partie revendicative de son esprit imagine qu’il faudrait être moins fier et plus prudent mais elle ressent qu’il va être difficile de changer d’ici l’arrivée à l’escalier.

La solution d’urgence

Pourtant le bambin ne tombe pas. Car l’esprit humain est bien fait et à un moment un stress provenant de la partie revendicative de son esprit se répand partout dans son esprit. Bien sûr la partie se sentant fière et invulnérable a tenté de résister, mais elle a vite succombé et arrêter. Finalement le bambin s’est arrêté et a échappé à de grosses séquelle voire la mort, ouf!

Application de l’analogie à notre société

L’état de l’élite

La psychologie de l’élite est simple : les problèmes d’en bas ne m’atteigne pas si je suis assez haut, par exemple:

  • famine (le prix des aliments n’est pas un frein, je peux me faire des réserves ou changer de pays).
  • canicules et intempéries : je peux avoir une climatisation, un bunker, changer de pays.
  • les émeutes : je peux avoir une milice, un bunker, changer de pays.

On pourrait imaginer que les élites sont plus avisées (ce qui me parait absurde car alors ils chercheraient à résoudre la catastrophe climatique), mais les rares personnes à la fois revendicatives et proches des élites confirment mon analyse, voir par exemple :

ou encore :

Remarquons aussi que l’afflux d’investissements de l’élite pour refuge climatique ou effondrement social a déjà poussé la nouvelle Zélande à restreindre par la loi la vente de logements à des étrangers.

Ça urge

Comme nous n’avons plus que quelques années pour agir et encore moins de temps pour commencer à agir il est très risqué de ne s’investir que dans la passionnante et nécessaire restructuration sociale. Il faut simplement réaliser la même chose que dans l’esprit du bambin et créer un stress auprès de l’élite. Je ne parle pas ici de manifestations ou d’attentats, on en connaît le faible résultat.

La solution que je propose est simplement une promesse déterminée et irrévocable de justice : il faut que nous fassions passer le message aux élites le plus clairement possible que justice sera faite. Je ne parle pas d’une justice institutionnelle si clémente envers l’élite. Je parle d’une justice populaire qui sera à la mesure des horreurs qu’ils nous prépare de par leurs dénis et inactions.

En pratique il s’agira de diffuser des messages, d’arborer un pins, hashtag « #PopularJusticeForClimate », bref de lancer un mouvement.

Est-ce un appel à la barbarie ?

Le stress est toujours désagréable et est non viable comme organisation à long terme. Mais il n’est pas inutile (le bambin en a besoin pour s’arrêter). La justice populaire est une forme primitive de justice, de même que l’est la vengeance. Mais ces formes primitives sont nécessaires quand il n’y a rien d’autre, par exemple si vous vivez au temps des tribus et que les voisins viennent régulièrement tuer un des vôtres, la vengeance permet de faire justice et évite au pire que les plus monstrueux soient les survivants. La justice (même primitive) a ceci de merveilleux que le simple fait de sa promesse permet souvent d’éviter les méfaits. Regardons la situations froidement : on sauvera bien plus d’élite (et aussi notre peaux!) en les menaçants maintenant plutôt qu’en attendant la bouche en cœur que l’horreur arrive.

Intéressé(e) ? Alors que faire maintenant…

Si un mouvement se crée à partir de cette idée, il y a des décisions à prendre mais avant voici quelques éléments importants :

  • L’information : À l’heure actuelle le réchauffement climatique est présenté dans les médias de masse en omettant des points clés comme le risque d’emballement irréversible. Le publique doit être informé des dangers que nous encourons et des délais pour agir, c’est indispensable pour que les personnes prennent parti dans les changements nécessaires (changement des modes de transport, consommation de viande etc).
  • D’habiles Changements : Les changements nécessaires engendreront nécessairement des conséquences économiques car le consumérisme matériel et énergétique actuel est incompatible avec une solution. Il est alors nécessaire d’agir intelligemment pour que les conséquences soient acceptables, on peut par exemple accompagner la diminution de la consommation par une diminution du temps de travail et surtout un partage du travail pour résoudre le chômage.
  • Communiquer : L’élite au pouvoir est souvent enfermée dans une idéologie simpliste (par exemple « il faut diminuer le pouvoir de l’État car le libre marcher est plus efficace. »). Il faut communiquer un ensemble d’idées nouvelles cohérentes et réalistes.
  • Le Bonheur : le bonheur a pour socle sur la sécurité matérielle et se construit par des connexions à la société et à la réalité. C’est par exemple par l’action dans des projets de groupes que nous nous rendons heureux. Notre idéologie consumériste ne nous rend pas heureux et nous nous sentons déconnectés. Il ne s’agit pas de stresser toute la population, mais d’inverser la peur : à la peur de chômage et de la dégradation sociale nous pouvons substituer l’engagement vers une reconnexion à la réalité et une vie riche en beaux projets.
  • Planétaire : Le problème est planétaire, et le remède aussi. Il est par exemple inutile que l’Europe agisse seule. Il faut répandre le mouvement partout, même au prix de changement dans les relations internationales. Il ne s’agit pas d’être extrémiste et de par exemple risquer une guerre, mais de peser le pour et le contre ce qui peut conduire par exemple à froisser des dirigeants ou sacrifier à des relations économiques.
  • Sagesse : On ne décide pas de l’avenir de la société humaine comme on choisit ses vacances. Les  connaissances à avoir et les décisions à prendre sont complexes. Par exemple le texte ci-présent devrait comprendre de nombreux liens pour prouver ce qu’il avance (à l’heure actuelle il est destiné à des personnes déjà bien informées). Nous avons besoin d’être éclairés par des personnes avisées (comme Thomas Piketty) et de trouver un juste équilibre pour que toute personne soit prise en compte sans tomber dans le travers de la démocratie aveugle et fière.