Le double langage de l’éducation nationale

Nous passons une grande partie de notre enfance à l’école. Nous avons appris que l’école nous permet de nous instruire, ce qui ouvre notre esprit et nous permet d’acquérir des compétences pour travailler plus tard.

Regardons les affirmations suivantes:

D’autre part, les gouvernements qui ont mis en place des systèmes, généralement publics, d’enseignement universel, les ont plutôt conçus comme des moyens de contrôle d’une population dont l’insuffisance de l’instruction et le manque d’adhésion aux idéologies d’Etat risquaient à terme d’affaiblir le pouvoir des classes dirigeantes.

ainsi que celle-ci:

Mais si, pour le progrès comme pour le bon ordre dans la société, un
certain gouvernement des esprits est toujours nécessaire, les conditions
et les moyens de ce gouvernement ne sont pas toujours ni partout les
mêmes; de notre temps, ils ont grandement changé.
L’Église avait seule jadis le gouvernement des esprits. Elle possédait à la
fois l’autorité morale et la suprématie intellectuelle. Elle était chargée de
nourrir les intelligences comme de régler les âmes, et la science était son
domaine presque aussi exclusivement que la foi.

Mais précisément parce qu’elles sont maintenant plus laïques, plus
puissantes et plus libres que jadis, l’intelligence et la science ne
sauraient rester en dehors du gouvernement de la société. Qui dit
gouvernement ne dit pas nécessairement autorité positive et directe:
«l’influence n’est pas le gouvernement,» disait Washington, et dans
l’ordre politique il avait raison; l’influence n’y saurait suffire; il y faut
l’action directe et promptement efficace. Il en est autrement dans l’ordre
intellectuel; quand il s’agit des esprits, c’est surtout par l’influence que le
gouvernement doit s’exercer. Deux faits, à mon sens, sont ici nécessaires:
l’un, que les forces vouées aux travaux intellectuels, les supériorités
lettrées et savantes soient attirées vers le gouvernement, librement
groupées autour de lui et amenées à vivre avec lui en rapport naturel et
habituel; l’autre, que le gouvernement ne reste pas étranger au
développement moral des générations successives, et qu’à mesure
qu’elles paraissent sur la scène il puisse établir des liens intimes entre
elles et l’État au sein duquel Dieu les fait naître. De grands
établissements scientifiques et de grands établissements d’instruction
publique soutenus par les grands pouvoirs publics, c’est la part légitime
et nécessaire du gouvernement civil dans l’ordre intellectuel.

On pourrait croire ces deux textes écrits par des sortes de rebelles car les deux voient dans l’école une fonction importante de L’État de « gouverner les esprits ». En fait la première citation est tirée de « Les effets de l’éducation » qui est un rapport de recherche sur l’éducation commandé par l’éducation nationale (qui a créé le Piref à cet effet, puis l’a détruit). La seconde citation est tirée des mémoires de François Guizot qui est le politique qui a mis en place l’éducation nationale de la république (lire le livre « Comment l’École devint une affaire d’État » de Christian Nique).

Quel est cette idéologie que l’État nous inculque et comment s’y prend-il pour que nous n’ayons pas conscience de ce gouvernement des esprits ? Pour mieux le voir nous allons comparer les écoles classiques à d’autres formes d’instructions:

Dans les formes d’instructions décrites ci-dessus nous pouvons constater que l’enfant n’est plus un simple sujet devant obéir à un professeur, il devient actif, il interagit avec les autres, il est responsable de projets. Beaucoup d’enfants souffrent à l’école du fait de cette obligation à la passivité: écouter et écouter encore. Un adolescent m’a dit un jour « Encore heureux qu’il y a bientôt les vacances je suis fatigué », je lui répond qu’il est souvent assis sur une chaise et que ce n’est pas fatiguant l’école, il me répond « Mais je passe mon temps à devoir rester assis et à  écouter, c’est fatiguant. ». Avec la pédagogie traditionnelle les professeurs s’usent à forcer les élèves à écouter et les élèves s’usent à rester passivement à écouter. En discutant avec une inspectrice de l’éducation nationale (les personnes qui contrôlent et notent les professeurs), celle-ci a finit par dire que beaucoup de connaissances sont oubliées par les élèves mais que ce qui est important est l’apprentissage du travail lui-même. On rejoint bien là la gouvernance des esprits: apprendre à être passif et à obéir, savoir que l’on oubliera beaucoup de ces connaissances, mais obéir quand même simplement parce que l’autorité nous le demande.

Cet apprentissage (ou plutôt dressage) est nécessaire car l’enfant au naturel est curieux, inventif,  cherche à créer des projets, veut découvrir son entourage et interagir avec lui. Un enfant continuant à garder ces qualités devient plus tard une personne capable de s’impliquer en profondeur dans la société ou dans une entreprise, voir ses travers et agir pour les changer. Ces qualités sont bonnes pour la société, mais mauvaises pour la classe dominante.