Les listes de discussion

Une liste du point de vue humain

Remarque: l’article ci-dessous montre surtout des problèmes et remèdes, un côté plus positif se trouve ici: http://www.cdumonteilkremer.com/article-le-paradis-sur-terre-59990831.html.

Imaginons nous dans une discussion d’une dizaine de personnes assises en rond. Au départ tout va bien. Maintenant mettons à tous un masque neutre au visage. On commence à se sentir moins bien, nous n’avons plus toute la communication si riche des expressions du visage: comment savoir si l’autre prend bien ce que l’on dit, si la personne est étonnée ou inquiète ? Puis mettons les personnes derrière des paravents, on ne voit plus le corps de l’autre, ils existent moins, la connection avec les autres devient un peu plus virtuel. Faisons passer les voix par un ordinateur pour enlever toute intonation, la gêne augmente, était-ce une phrase ironique ou exprimant de la joie par une petite blague ? Il ne reste plus qu’à remplacer le son par un clavier/écran et on a une liste de discussion.

Un langage pour le corps

Notre apprentissage de la communication s’est fait par oral et tout y était: la vue, le toucher, le son. Notre langage n’est pas un langage écrit, c’est un langage d’humain subtil et utilisant le contexte: quelle différence entre un « ho ça va » nonchalant et un « ho ça va » énervé ? : l’intonation, quelle différence entre « tu veux que je t’aide ? » amical et de reproche ? l’intonation. Quelle différence entre un comportement sincère et menteur ? la manière de regarder l’autre dans les yeux, un ton un peu forcé ou naturel, une position du corps à l’aise ou contrainte.

De l’incertitude au problème

Que se passe-t-il quand toute cette communication non écrite est absente ? L’incertitude se place un peu partout. L’humain, comme la nature, a horreur du vide, et il compense l’incertitude par son imagination. Pour peu que l’on redoute des situations cauchemardesques du passé (moquerie, exclusion, domination etc) et nous voilà parti dans une vision de l’autre qui nous pousse à modifier notre communication dans une attitude de défense et d’attaques. Sur ce terrain dangereux on peut souvent voir l’étincelle se transformer en flammes puis en brasier.

L’effet automobiliste

Si on s’adresse à quelqu’un de très sensible on pourra dire « là tu m’as un peu gêné » et pour exprimer la même chose dire « Tu m’as fait chié » à quelqu’un jugé insensible, dans les deux cas on aura obtenu le même effet désiré en s’adaptant aux moyens disponibles.

Un automobiliste a besoin d’exprimer son mécontentement au malotru, mais il sait que l’autre est protégé, alors il compense en parlant fort avec un langage fort.

Derrière nos écran, si nous souffrons d’une situation, il est difficile de s’imaginer l’émotion de l’autre et on peut avoir l’impression qu’il est insensible et alors passer à la communication de type « t’es chiant ». Inconsciemment nous cherchons à produire un certain effet et le voir, mais comme l’interlocuteur est protégé nous allons augmenter la dose en espérant passer la barrière.

Réaliser ses besoins refoulés

Imaginez que vous ayez souffert des années de la domination d’un oppresseur trop fort pour vous, pendant des années vous avez rêvez de lui dire ses quatre vérités, voir de le tabasser. Et là, au bout de votre connection se trouve un clone de cette personne. Alors vous n’y tenez plus et réalisez enfin vos fantasmes. Il faut bien reconnaître que vous n’êtes pas sur que les deux modèles étaient identiques, mais ce désir était impérieux.

Idées d’améliorations

Se rencontrer

En se connaissant mieux on évite plus les quiproquos sur la liste, on crée des liens affectifs qui évite l’effet automobiliste.

La modération de la liste

Quand dans un petit groupe de personnes vient un nouveau qui a un comportement agressif alors des membres du groupe réagiront pour faire stopper les agressions (par médiation ou menaces ou autre). Les personnes qui réagissent le font souvent comme une tâche pénible mais nécessaire. Quand le groupe est plus gros, il est soumis à l’effet spectateur (cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_temoin) qui pousse les personnes à se dé-responsabiliser, c’est pourquoi il peut être utile de mettre en place une équipe de modération.

Mais la modération rend les individus soumis à un pouvoir (sensé représenter la volonté du groupe), et pour que cela ne pose pas de problème il faut que la volonté du groupe soit nette et simple à interpréter.

Si le sujet de la liste de discussion est « échange de recettes de cuisine » alors une modération ne devrait pas poser de problème car il est facile de déterminer si une contribution est hors sujet ou trop agressive, car le sujet est simple et le niveau d’agressivité est habituellement proche de zéro.

Si le sujet de la liste est plus polémique, par exemple une liste d’un groupe politique, alors une modération poserait probablement des problèmes. Un tel groupe est sensible (au moins pour lui-même) aux prises de pouvoir et à la liberté d’expression. De plus les personnes se trouvent impliquées dans des situations fortement émotionnelles. Il devient alors très difficile de séparer un message gênant mais juste d’une agression injustifiée.

Trouver des équivalents aux messages manquant

Pour des raisons techniques il est très difficile de faire évoluer les fonctionnalités des listes de discussion. Mais il existe des presque équivalents plus souples où l’innovation a sa place, ce sont les forums web. Certains logiciels de forum peuvent/pourraient permettre d’ajouter des messages par la bande, comme le sont les messages corporels et d’intonations:

  • Pour indiquer le ton global du message l’auteur fourni un émoticon (petite image d’un visage représentant une émotion) en plus du sujet.
  • L’auteur peut placer des émoticons à l’intérieur du message.
  • Les lecteurs peuvent donner des informations sur ce qu’ils ressentent du messages, un système de sondage sur des émoticons pourrait indiquer combien de personnes ont une réaction joyeuse, d’approbation, triste, mécontente, perplexe, interrogative etc. Actuellement je sais qu’il existe des forums où l’on peut juste voter pour « bien/pas bien ». On peut imaginer par exemple une ligne d’émoticons en dessous du sujet, chacun ayant un petit signe + à ses côté et en dessous le nombre de votes. Les émoticons pourraient aussi être un peu plus gros quand ils reçoivent beaucoup de votes.