L’art vital

Mon parcours

Alors que rien en apparence ne me prédestinait à faire de la musique, à 18 ans j’ai rêvé que je faisais de la musique. Un de ces rêves dont on se rappelle toute la vie. J’ai alors acheté un instrument (un synthétiseur), j’ai appris le piano et j’ai commencé à jouer des morceaux. Par ailleurs j’ai commencé à improviser un peu. Un jour que j’improvisais ma mère m’a dit « ha c’est beau ce que tu joues là », et alors je me suis arrêter de composer. Il m’a fallut du temps pour comprendre ce blocage: ma mère était très intrusive et possessive, j’ai pu me développer dans les domaines où elle ne fourrait pas son nez (les mathématiques, le sport etc) mais j’étais nul dans les domaines où elle intervenait (le français, la gestion de la maison etc). Ma mère se considérait inconsciemment comme nulle et elle a très bien réussit à m’imposer ce rôle social dans certains domaines. À l’époque ma seule défense possible était d’arrêter. Je n’étais pas conscient que mon intérêt se portait vers la création, j’ai continué à jouer mais je n’y trouvais qu’une satisfaction faible par rapport à maintenant.

Quand ma fille est née, ça a été pour moi l’occasion de me rapprocher des vérités de base, et donc aussi de la création artistique. D’abord je lui inventais des histoires, puis je lui chantais des airs improvisés. Je savais profondément que ma fille ne me jugeais que par elle-même, et non comme un adulte qui utilise beaucoup sa représentation du jugement social. J’ai pu ainsi m’épanouir un peu dans la création artistique. Mais pas la création artistique sociale, plutôt la création artistique personnelle, celle qui sert à communiquer entre les personnes. Grâce à cet épanouissement j’ai pu constater à quel point la création me fait du bien en profondeur. En outre cela me permettais de prendre conscience, d’intégrer, de donner sa place, à une partie belle et profonde de moi-même.

Je devenais alors de plus en plus conscient de l’attrait que j’avais pour la création musicale, mais j’envisageais quand même souvent d’enregistrer pour diffuser mes compositions. Puis j’ai acheté un harmonica et il était très pratique d’en jouer n’importe quand et agréable aussi dans son côté proche du corps. J’ai alors plus compris que la musique est simplement un moyen d’expression comme l’est la parole. J’ai alors acheté un petit clavier pratique à utiliser rapidement et maintenant je fais des improvisations de temps en temps quand l’envie m’en prend, sans penser à enregistrer sur l’ordinateur en vue de faire un beau morceau à diffuser.

Tout ce chemin m’a été nécessaire pour comprendre ce que je voulais vraiment: pouvoir m’exprimer par la musique. Pour moi je pense que la prochaine étape sera de dialoguer musicalement avec une autre personne improvisant. Mais je ne me sens pas assez tranquille encore pour cela. Je pourrais peut-être plus tard publier ma musique, mais ce sera alors dans le but de communiquer avec la société, comme je le fais avec mon blog. Ce ne sera pas dans le but de faire du beau, de l’agréable, de l’argent, mais simplement de communiquer sur des choses essentielles.

Qu’est-ce que la musique ?

Pour moi il est clair que la musique est un moyen d’expression. Comme c’est un langage très simple il ne permet d’exprimer que des idées très simples. Ces idées sont à la base de notre esprit, c’est pourquoi on peut ressentir un changement profond quand on écoute de la musique. Nous avons besoin de ce dialogue car il est difficile à avoir par notre langage courant. Non pas que notre langage courant soit mal foutu, mais il nous permet de nous perdre dans les détails. Et perdu nous sommes car chaque mot que nous avons appris est marqué par notre culture, y compris les idées lourdingues qui y sont. Par sa simplicité le langage musical ne peut pas s’imprégner de ces choses si compliquées que sont les idées foireuses. Et cette pureté nous fait un bien fou car cela nous suggère qu’il est possible d’avoir une conscience claire et harmonieuse (en tout cas bien plus qu’actuellement).

Je trouve que faire des commentaires à un compositeur sur la beauté de sa musique est un peu comme si quelqu’un nous parle et qu’à la place de lui répondre sur le sujet on lui dise « c’est beau ce que tu as dis ». Pour moi un compositeur s’exprime et la meilleur chose à faire est de lui répondre par un langage approprié: par une oeuvre d’art.

Voici un petit exemple d’idée foireuse qui s’incruste dans notre langage: si une personne dit « j’ai fait une oeuvre d’art » alors aussitôt on imagine que ça a une valeur sociale: si l’oeuvre peut attirer de la reconnaissance sociale alors c’est vraiment une oeuvre d’art et sinon la création n’a pas droit à la dénomination « oeuvre d’art ». Ainsi, quand il dessinait, Picasso faisait des oeuvres d’arts mais ma fille non. Nous pourrions dire « une oeuvre d’art reconnue », ainsi on sépare la notion d’art de la notion de jugement sociale. Notre langage comporte ainsi de nombreuse marques de notre culture, mais comme le langage est utilisé pour réfléchir cela nous cré un enfermement inconscient. Cet enfermement est difficile à percevoir, surtout si on n’a pas de point de vue extérieur comme on peut en avoir en pratiquant des langages différents. Quelques oeuvres arrivent à traduire cet enfermement culturel bien réel mais au frontières floues : par exemple le livre « 1984 » ou le film « Matrix ».

Se construire par la création

La création musicale a un grand lien avec les mathématiques: aussitôt que l’on veut introduire des idées foireuses tout foire. Ce n’est pas souple mais c’est un détecteur génial d’idée ou comportement foireux. En improvisant j’ai appris à sentir les différentes parties de mon esprit qui intervenaient et j’ai pu sentir à quel point certaines parties basées sur la peur sociale intervenaient et étaient destructrices. Improviser me permet d’explorer mon esprit car petit à petit j’apprends à identifier d’où vient l’harmonie et la disharmonie dans mon esprit. Souvent on se dupe soi-même, et redupe en pensant que l’on se dupe peu, mais quand il s’agit de composer de la musique le détecteur à idée foireuses est là et on arrive à la longue à ressentir mieux cet univers plein de vie qu’est notre esprit.